Le risque (Risk) — Anaïs Nin

30 octobre 2010

Le risque

Puis vint l’instant

pour le bourgeon

le risque

de l’éclatement

devint moins douloureux

que le risque

de ne jamais éclore

Risk

And then the day came

when the risk

to remain tight

in a bud

was more painful

than the risk

it took

to blossom

Anaïs Nin


«Dolce Vita 1959-1979» de Simonetta Greggio, Stock, 2010

24 octobre 2010

Vous avez adulé Fellini? Vous dévorerez le roman «Dolce Vita 1959-1979» de Simonetta Greggio (Stock, 2010), un maquignoffe du film de Fellini et de «l’Italie qui viendra».

Yves Lanthier

http://www.lefigaro.fr/livres/2010/11/04/03005-20101104ARTFIG00472-douceur-de-vivre-et-annees-de-plomb.php

http://bibliobs.nouvelobs.com/20101129/22627/les-deux-italie-de-simonetta-greggio

http://www.viabooks.fr/article/la-dolce-vita-petille-au-fouquet-s-19558


Paroles de chanson — Philtre de paix — Yves Lanthier, 2010

28 juillet 2010

Philtre de paix

Lucie Miao a le teint clair

Mia Tao est plus discrète.

Lucie, vive comme l’éclair

Dit à sa demi-sœur secrète :

« Si l’on dev’nait de vraies amies,

Peut-êtr’ que nos pays aussi? »

Ainsi naquit une amitié

Aussi robuste qu’un traité.

__Entre nos sœurs spirituelles

__Naquit une amitié nouvelle

__Tous les pays signèrent un pacte

__D’la guerre ce fut le dernier acte.

__________*_*_*

Un jour, nos deux sœurs virtuelles

Se promenaient parmi les fleurs.

L’un’ dit à sa quasi-jumelle :

« Ce jardin s’ra notr’ champ d’honneur. »

C’était en mai et les lilas

Inspiraient de reposer l’arme.

Elles en cueillirent plein les bras

Comm’ pour faire un parfum de charme.

__Grâce à nos sœurs spiritueuses

__Naquit un’ lotion sulfureuse :

__Au lieu d’un parfum pour les belles

__Elles en firent une huile essentielle.

Un soir on frappa à leur porte :

On venait chercher leurs maris.

Elles répondirent « Je vous exhorte

De sortir à l’instant d’ici. »

Elles coururent au fond d’la maison

Chercher leur violet elixir

S’en aspergèrent à foison

Puis revinr’ vers nos tristes sires.

__De leur fragranc’ surnaturelle

__Elles endormirent les colonels

__Les attachèrent au cabanon

__Et enfilèrent leur pantalon.

Elles conduisirent leur camion

Jusqu’à la piste militaire

Ouvrir’nt le cockpit d’un avion

Mirent leur casque et s’attachèrent.

Dans le vrombiss’ment, la poussière

Elles actionnèrent le pétard

Et atterrirent deux jours plus tard

Quelque part au bout de la Terre.

__« On a beau êtr’ dépareillées

__On sait maint’nant appareiller

__Décoller et jouer de l’hélice

__Alors trouvons l’chef d’la milice. »

Pour qu’on voie bien qu’elles sont des femmes

Elles demandèrent en contre-ut

Où se terrait le chef des brutes

Surpris, on leur montra l’infâme.

Elles furent reçues comme il se doit

Par le command’ment de se taire

Mais elles avaient entre leurs doigts

La fiole aux pouvoirs de mystère.

__Elles ablutirent le guignol

__Qui crut à de drôl’ de Sirènes

__Et dès qu’il eut les jambes molles

__Se mit à écouter nos reines.

« Voici c’que vous f’rez maintenant :

Dites à vos drôles de fanas

De fabriquer dorénavant

Des bombes à l’huile de lilas. »

Toujours gaga, le chef d’État

Salua et s’exécuta

Tandis que Mia et Lucie

Se dirent « Mission accomplie ».

__« On a beau être contrastées

__On fait une puissante équipe

__Allons ailleurs réconcilier

__Quelques millions de têtes de pipe. »

__Entre nos sœurs spirituelles

__Est née une amitié nouvelle

__Tous les pays signèrent un pacte

__D’la guerre ce fut le dernier acte.

© Yves Lanthier, 2010


Paroles de chanson — Ma vie est une mer d’huile — Yves Lanthier, 2006/2009

4 avril 2010

Ma vie est une mer d’huile

Chanté sur l’air traditionnel Dear Old Stockholm par Sonia Johnson avec ses arrangements http://www.youtube.com/watch?v=fRaxIJL3EHU (version de 2006).

Sonia chante maintenant la version longue ci-dessous. Elle change parfois l’ordre des strophes… et j’aime bien!

Sur le CD «Le Carré de nos amours» sorti en octobre 2010, chez Effendi FND106.

Ma vie est une mer d’huile

Qui cache le tumulte.

Comme au cœur de la ville

J’y dors, j’y meurs, j’y lutte.

Les voiliers me déchirent

Et dans mon pur miroir

De grands oiseaux se mirent

Et mouillent leurs ailes noires.

C’est une mer étrange

Où je suis étrangère

C’est comme l’enfer de l’ange,

De l’orphelin, mon frère.

Mes tempêtes réveillent

L’obsidienne des soirs

Sous mes volcans sommeillent

Les dangers, les espoirs.

La mer, c’est mon visage

Dont on voit au lointain

L’absolu paysage

Sous la Lune d’étain.

Je porte les héros

Je nourris les requins

J’inspire les Boléros

Les Juans Arlequins.

Soudain, c’est un corsaire

Qui m’aborde et qui plonge

Dans mon corps vulnéraire

L’essentiel de ses songes.

Ou c’est une banquise

Qui, au lieu de s’y fondre,

Fait de moi la conquise,

La gonflée, la profonde.

Mais la mer, c’est surtout

L’immense solitude

Que je cherche partout

Sous toute longitude.

Dans son air immobile

Je veux laisser la trace

De la fusée qui file

Vers la planète Mars.

Je ne veux que cyclones,

Je ne veux que reposer

Sous la caresse jaune

D’un soleil explosé.

Ma vie est une mer d’huile

Qui cache le tumulte.

Comme au cœur de la ville

J’y dors, j’y meurs, j’y lutte.

© Yves Lanthier, 2006/2009


Profession III — Financer Wikipédia : les associations de traducteurs

30 mars 2010

Il ne m’est pas encore arrivé d’envoyer une contribution financière personnelle à Wikipédia. Pour être franc, je voudrais que ce soit mon association de traducteurs qui contribue collectivement, et c’est avec le plus grand plaisir que j’accepterai d’en voir hausser la cotisation annuelle.

En faire la suggestion serait pour moi une importante raison d’aller à l’assemblée générale annuelle, mais souvent, un contretemps m’empêche de m’y rendre même si je m’y suis préinscrit.

Alors voici, j’en parle ici et j’envoie l’URL de Termexplore (le blogue) aux administrateurs.

Combien de fois par jour en moyenne le traducteur visite-t-il Wikipédia; sur ce nombre, combien de fois ne trouve-t-il pas une réponse «au moins utile» pour le travail en cours; et, quoi qu’il en soit, les visites à Wikipédia ne comptent-elles pas parmi les activités quotidiennes, ou presque, qui rendent son travail plus nourrissant et rafraîchissant.

Combien de fois ne revient-il pas rasséréné d’une diversion inspirée par une recherche d’abord directement associée à son travail.

Yves Lanthier, trad. a. (OTTIAQ)


Profession II — « Circuit » (OTTIAQ) devrait avoir un blogue

2 mars 2010

Circuit, «le magazine d’information des langagiers» de l’OTTIAQ, distribue ces jours-ci son numéro 106, hiver 2010. Thème: Les conditions d’exercice de la traduction.

Équipe éditoriale dévouée, mise en page et typographie soignées, excellent continuum sérieux <> rigolo, dossiers rédigés par des équipes «mixtes», dirais-je: composées tant de figures connues que de rédacteurs occasionnels ayant des affinités avec le thème saisonnier. Et d’auteurs anonymes en ce qui concerne le présent numéro, par exception.

Circuit s’est électronifié récemment: «Les numéros 57 à 100 de Circuit sont maintenant disponibles en ligne! Les numéros 1 à 56 le seront au printemps 2010», lit-on sur le site ottiaq.org (onglet Publications), mais l’accès est réservé aux membres.

Une prochaine étape ne devrait-elle pas consister à publier Circuit en ligne sous forme de site web ou, pourquoi pas, sous forme de blogue, ou à publier un site ou un blogue en plus de la revue imprimée, dont il serait difficile pour plusieurs de se passer: encore aujourd’hui, le papier renforce et confirme le sentiment d’appartenance; il ne manquerait que le camelot.

L’un des avantages de la publication en ligne est que si l’on désire nuancer ses idées, on peut effectuer une mise à jour, que ce soit par une reformulation ou par un ajout, le lendemain de la mise en ligne ou des années plus tard; l’avantage spécifique du blogue est, bien entendu, l’interactivité.

Par ailleurs, l’accès universel ne serait-il pas favorable au «rayonnement de la profession», notion chère aux artisans de l’intégration des langagiers plurilingues au système professionnel québécois.

Le site web ou le blogue Circuit pourrait même devenir un outil de recrutement, dont a besoin cette profession à titre réservé.

Les blogueurs ne pratiquent pas tous la relecture attentive et la mise à jour. Une minorité le font, même. En fait, peu de blogueurs font une simple relecture de leurs anciens billets, fût-ce à l’occasion. C’est évident…

Le blogue d’une association professionnelle de langagiers aurait nécessairement une politique de relecture et de mise à jour, à court terme et à long terme. Il compterait parmi ceux qui donnent l’exemple dans la blogosphère, sur le plan du contenu parce qu’on y parlerait de profession, et sur le plan du contenant, c’est-à-dire sur le plan de la qualité de la langue (thème du numéro précédent de Circuit).

Yves Lanthier, trad. a. (OTTIAQ)


Poésie I — L’intelligeange (début) — Yves Lanthier — 2010

20 février 2010

Ange solo

rare aurore

ange hallucide

au cœur de pierre précieuse

ange aux regards croisés

aux hasards heureux

aux éclairs silencieux

aux yeux

de cieux délicieux.

Qu’il est facile au ruisseau de s’écouler

après tant de labeur à creuser un lit

à l’oiseau de voler

après tant de dangers à tresser un nid

à toi de m’émouvoir

après tant de silence à survoler des terres et des mers

des airs chantés

des déserts murmurés

des amours tues.

Tu sais, tu saisis

tu dis tout à l’avance

tu t’émerveilles au fur et à mesure de la parole

que tu as libre, brillante

lumineuse

extraludique.

Tu marches sur un fil tendu

au-dessus de craintes et de certitudes

on voit tes pas perdus

dans la brume du matin

qui se dissipe à ta demande

pour t’en laisser redescendre.

Tu respires comme on pense

tu prononces comme on parfume

une gracieuse et impeccable archiduchesse.

Gravés

greffés

tes bijoux changent

malgré ton humeur stable.

Tu fonces avec la force du bélier ton ami

mais on t’ouvre la porte d’un sourire entendu

d’un mot de bienvenue écrit depuis longtemps

depuis que l’on t’attend.

Le chat te reconnaît

tu as ses yeux

il se love

au sol

sur ton ombre qui l’enveloppe.

La chaleur du foyer te dit

tu es des nôtres

tu réponds d’un regard tendre

et la chaleur te dit

ah qu’il valait la peine

d’attendre.

Tu t’accoudes un moment à la fenêtre

tu regardes d’où tu viens

tu humes la fusion des crépuscules

tu vois à la dérobée la nuit qui s’en vient

tu te retournes enfin

tu choisis un coin de table

et tu t’assieds.

Tu vois tout

tu le racontes

on t’en demande le sens

car on sait qui tu es

tu es l’intelligeange.

/…/

© Yves Lanthier, 2010


Profession I — Les annuaires de traducteurs en ligne

12 février 2010

Une association de 2000 traducteurs se demande comment aménager son annuaire en ligne pour que les membres aient des chances égales d’être choisis par les donneurs d’ouvrage.

Poussés par un membre lésé dont le nom de famille commence par Z, la direction et les membres passent depuis des années des heures-personnes interminables, rémunérées, dans certains cas, à se pencher sur la question, ont déjà donné des milliers de dollars à une firme indépendante… Essayons.

L’une des difficultés, écrit un administrateur mandaté, est la suivante : «Certains domaines sont beaucoup pratiqués : plus de 1000 membres se disent spécialisés en communication et en administration, plus de 800 membres déclarent être compétents dans les domaines de l’économie, des finances, de l’informatique, des sciences humaines ou des sciences médicales… D’autres domaines plus pointus tels que les mathématiques, par exemple, affichent beaucoup moins de membres.»

Inspirons-nous de l’annuaire de l’American Translators Association (ATA) : https://www.atanet.org/onlinedirectories/individuals.php#translators (milieu de la page : Translators Search).

Exemple : la combinaison anglais > français dans le domaine «Business (General)» («All members», par défaut), donne 436 membres. L’annuaire de l’ATA affiche les résultats 50 par 50 sur une colonne.

Une page-écran standard pourrait facilement afficher six colonnes. Une spécialité comptant 1000 membres, disons en Helvetica Narrow 10 points, pourrait alors s’afficher sur deux pages-écrans. Des icônes avec notes de bas de page pourraient signifier «Interprète», «Traduction de documents officiels», «Membre étudiant»…

Par défaut, comme sur le site de l’ATA, la liste pourrait être aléatoire, mais l’utilisateur aurait la possibilité de cocher «Ordre alphabétique des noms de famille». Notre association pourrait ajouter «Tri inverse», et même, pourquoi pas, «Tri bidirectionnel à partir d’un point aléatoire de l’ordre alphabétique», puis «Retour à Aléatoire». Ici (au Québec), certains apprécieront peut-être que l’on puisse cocher «Par région».

Comme dans l’annuaire de l’ATA, chaque nom serait évidemment un hyperlien conduisant au profil du membre, détaillé à sa discrétion.

Yves Lanthier


Métablogue II — Bruno Dewaele, un espèce d’érudit (Grevisse)

30 janvier 2010

Par mots et par vaux, le site de Bruno Dewaele http://www.parmotsetparvaux.fr

Bruno Dewaele, champion du monde d’orthographe, anime un blogue d’érudit depuis mai 2008, rédige une chronique depuis juin 1995… et tutti frutti.

Chronique du 10 janvier 2010 (n° 361) http://www.parmotsetparvaux.fr/chron/chron361.html

««

La consultation du Grevisse et autres plaisirs minuscules

Vous n’avez pas fait suivre bien que ou quoique du subjonctif qui s’impose? Grand seigneur, Le Bon Usage vous dégote sur-le-champ un « bien que nous fûmes attentifs » chez Anatole France, cet écrivain au patronyme si rassurant, voire – c’est sans appel, évidemment – le « quoi qu’il arrivera » d’un certain de Gaulle.

La honte vous étreint parce que tout à l’heure vous avez voulu voir « un » espèce de pou mort dans cet automobiliste qui ralentit votre marche triomphale vers le lieu béni de votre travail? (…) le magicien Grevisse tire de son chapeau, sous les applaudissements d’un public ravi, « un espèce de vallon » pagnolesque, « un espèce de phtisique » mauriacien, sans que cela arrache à Bernanos autre chose, dans M. Ouine, qu’« un espèce de murmure », pas même réprobateur.

»»

S’en fait-il moins de ces bollés bourrés d’humour jamais pris en défaut, sauf parfois par eux-mêmes, et qui se corrigent alors dès le lendemain (toujours; lire rarement)? En tout cas, on en voit moins. Peut-être parce qu’on perd l’habitude de les chercher.

Yves Lanthier


Traduire « Invictus » (Out of the night that covers me) de William Ernest Henley, 1875

20 décembre 2009

Atteint de tuberculose osseuse à 12 ans, Henley a dû subir l’amputation d’un pied. Il a écrit le poème Out of the night that covers me sur son lit d’hôpital en 1875. Plus tard, un éditeur a intitulé le poème Invictus.

Ce poème a soutenu Nelson Mandela en prison. Clint Eastwood a réalisé un film sur Mandela en 2009. Le film porte le titre réputé du poème.

Parmi les commentaires sur le film, voir notamment http://nicerugby.blog.lemonde.fr/2010/01/17/invictus-du-reve-a-la-realite/.

Invictus

Essai de version rimée et rythmée — Yves Lanthier, 2009 (original anglais à la fin)

De ces ténèbres si profondes

Qu’on en croirait l’enfer probable,

Je dis merci aux dieux du monde

De m’avoir fait l’âme imprenable.


Sous la rude fatalité,

Je suis resté stoïque et coi.

Sous le coup du sort irrité,

Marqué de sang, mon front est droit.


Ce lieu de révolte et de pleurs

Ferait craindre un futur atroce

S’il y avait en moi la peur,

Mais je ne trouve en moi que force.


Aussi étroit soit le chemin,

Aussi nombreuses soient les peines,

Je suis maître de mon destin,

De mon âme le capitaine.

Autre traduction rimée et rythmée ici http://translatorscafe.com/cafe/MegaBBS/thread-view.asp?threadid=4561&posts=716, elle-même suivie de plusieurs liens vers d’autres versions.

Invictus

William Ernest Henley, 1875

Out of the night that covers me,

Black as the pit from pole to pole,

I thank whatever gods may be

For my unconquerable soul.


In the fell clutch of circumstance

I have not winced nor cried aloud.

Under the bludgeonings of chance

My head is bloody, but unbowed.


Beyond this place of wrath and tears

Looms but the Horror of the shade,

And yet the menace of the years

Finds, and shall find me, unafraid.


It matters not how strait the gate,

How charged with punishments the scroll

I am the master of my fate:

I am the captain of my soul.


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