Merci à ma libraire VII — Le Prince des marées, Pat Conroy

The Prince of Tides, 1986, traduction française de Françoise Cartano, 1988

« Ma libraire » va de succursale en succursale, elle devient un simple titre accrocheur, mais la personne chère qui m’a mis ce livre dans les mains fut présente pendant toute la lecture du Prince des marées de Pat Conroy, dans le texte lumineux de la traductrice Françoise Cartano, je l’ai vue entre les lignes tout au long du livre en réinterprétant son regard et sa voix lorsqu’elle m’a dit « Veux-tu un bon livre? ».

Au fil de la lecture elle était parfois Savannah, ma sœur jumelle schizophrène, parfois Lowenstein, sa psy brillante et riche, parfois la mère de l’île Melrose avec ses mensonges et ses loyautés surhumaines, inhumaines comme si ce mot empruntait à la même racine qu’inhumer, parfois la grand-mère indigne qu’on voudrait tous avoir eue, et voici qu’un auteur d’une nation qu’on hait pour son Ministère de l’Attaque et qu’on aime pour ses centaines de milliers d’artistes nous l’apporte sur un plateau de mille pages. Une histoire que je ne verrai pas tout de suite en film sous les traits et la direction de Barbra Streisand, mais c’est bien qu’il y ait ce désir pas trop risqué que le film soit à la hauteur.

Comme plusieurs, en sortant des Millénium de Stieg Larsson il y a quelque temps, je me suis dit « Qu’est-ce que je vais lire maintenant? »; à la sortie du Prince de Conroy, c’est autre chose : je passe quelque temps carrément sans commencer d’autre livre, m’en tenir à parcourir au hasard quelques pages de livres clés déjà lus que je me propose de relire depuis un moment.

C’est que Conroy est un maître d’écriture et tout ce que je veux faire ces jours-ci, c’est écrire, c’est-à-dire apprendre à le faire.

Et son livre est un maître ès vie, tout ce que je veux faire pour un bout de temps c’est vivre, et apprendre à mieux le faire de l’intérieur, qu’il se passe ou qu’il se soit passé n’importe quoi à l’extérieur.

Je manque d’air? Besoin d’une petite poussée pour aller courir quelques cents pieds? Juste à penser au prof de football Tom, passionné de pédagogie, et les lacets se lacent tout seuls, la douche sera deux fois meilleure au retour. J’ai une connaissance qui me rappelle une sœur jumelle schizophrène? Elle se fera guérir pas seulement par l’amour d’une grande psy de la Cinquième Avenue newyorkaise, ce sera aussi par ses amours, qu’elle me fera connaître, c’est le lot d’un personnage de livre de faire connaître ses amours, heureuses ou malheureuses, celles qui se poursuivent dans l’âme même si le corps est ailleurs.

Chaque fois que je serai debout assez tôt pour voir le soleil se lever en couleurs, je me dirai que c’est ma propre mère qui l’a peint et qui le fait lever en tirant sur des câbles, dans les coulisses.

Yves Lanthier

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2 Responses to Merci à ma libraire VII — Le Prince des marées, Pat Conroy

  1. Termexplore dit :

    Ah oui, les forums de traducteurs suédois français ont dû s’en donner à coeur joie.

  2. renemeertens dit :

    J’ai lu le premier volume de Millenium, que j’ai apprécié, sans pourtant vouloir passer aux suivants. L’une des raisons est peut=être lamauvaise qualité de la traduction.

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